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Lorsque l’on regarde les photos d’Alexandre Morelli, la peinture n’est jamais très loin. Elle fait du moins partie des premières références qui nous traversent l’esprit. Que ce soit dans les vibrations impressionnistes de la série «Presbytie matinale» ou encore dans l’abstraction picturale de ses «Coins perdus», la question du procédé utilisé est souvent celle que l’on se pose en premier. Pourtant, tout dans son travail, n’est que photographie.

Car Alexandre Morelli ne se préoccupe pas d’atteindre la vraisemblance, la «vérité» du «réalisme». Les seules «vérités» auxquelles il aspire concernent le regard, notre manière de voir, le monde et les moyens les plus adaptés à la représentation des espaces émotionnels produits par le regard.

Fondamentalement, il considère qu’il n’est pas nécessaire de reproduire ce que l’on voit de ses propres yeux, mais qu’il faut restituer l’acte même de la vision et de la perception, expérience dans laquelle les réactions émotionnelles jouent un très grand rôle.

S’éloigner du «figuratif» lui apparaît être un moyen d’affirmer une liberté, une écriture. Il photographie en étirant le temps et en jouant sur le cadrage. Chaque cliché doit produire une matière picturale qui l’éloigne de la représentation réaliste. Il se sert de la couleur et de ses jeux pour en faire l'élément essentiel et mouvant de sa photographie.

L'exécution de ses images est rapide, il produit des impressions fugitives. Il marche, saisit ce qui l’entoure et y imprime une vibration, capture une abstraction. Il enregistre furtivement les «secousses de la représentation». Dans ce mouvement, l’action, le geste de photographe (art gestuel) a une importance, qu’il faut interpréter comme l’extension directe sur la photo de l’expérience du photographe. 

C’est dans l’oeil de celui qui regarde que né le champ de l’émotion. Mais avant ça, l’oeil scanne, il scrute, il ajuste, il corrige, il «fait le point» pour trouver mécaniquement, la netteté que les conventions lui ordonnent. Mais l’image est trompeuse. Pour être lue, il lui faut convoquer d’autres ressorts, aller au-delà de ce qu’il connait déjà. «passé-présent», «peinture-photographie», «réalité-abstraction», Alexandre Morelli fait se rencontrer le réel et l’imaginaire, précisément là où les frontières se chevauchent, et c'est au spectateur de recréer son image.